Agriculture, idées pour PCAET

Des suggestions, pour l'agriculture

Pcaet agri carboneLe secteur agricole est le plus émetteur de Gaz à Effet de Serre,

mais il a aussi un potentiel de captage du carbone comme le montre le visuel ci-contre.

(source : diagnostic PCAET CCE, CCBM et Mayenne Communauté)

Bocage

Diagnostic et enjeux identifiés dans la Charte Paysagère de Haute Mayenne : www.paysagesdehautemayenne.fr/paysages/bocage-haute-mayenne/

Quelques acteurs du Nord Mayenne :

 

Quels nouveaux modèles agricoles pour faire face aux changements globaux ?

 

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Rizières dans le Yunnan (Chine). Global Water Forum/Flickr, CC BY

Franco Miglietta, Réseau français des instituts d’études avancées (RFIEA)

Cet article a été publié en collaboration avec le Réseau français des instituts des études avancées (RFIEA) dans le numéro 30 du bimensuel Fellows intitulé « Make our planet great again ? ».


Pendant des siècles, l’agriculture a été considérée comme une simple activité dédiée à la production de nourriture pour les humains (directement et via l’élevage) et à celle de fibres pour l’industrie textile.

Une mutation s’est opérée au cours des dernières décennies : le système agraire se retrouve au centre de nouvelles pressions et attentes sociales.

L’agriculture contemporaine doit, par exemple, répondre à la demande croissante d’énergie renouvelable par la production de biomasse à transformer en énergie (combustion, biogaz, biodiesel, éthanol). Elle est aussi en charge de la protection du paysage rural et de la biodiversité avec l’introduction de pratiques respectueuses de l’environnement – notamment la réduction des risques d’érosion et des émissions de gaz à effet de serre.

Au niveau mondial, l’enjeu est de pouvoir répondre à ces objectifs complexes, tout en satisfaisant une demande croissante de nourriture due à l’essor de la population mondiale, souvent associé à une variation rapide des régimes alimentaires ; en 2050, la population mondiale devrait atteindre les 9 milliards d’habitants.

Les terres consacrées à la production agricole ne peuvent croître davantage sans que cela se fasse au détriment des écosystèmes terrestres : la recherche agricole doit trouver rapidement des solutions durables.

Agriculture et changement climatique

Les céréales, les cultures oléagineuses et les légumineuses dominent l’agriculture contemporaine. Ces grandes cultures occupent environ 70 % des terres cultivées et fournissent la majeure partie des calories de l’alimentation humaine. Elles sont produites sur des cycles annuels. Les cultures basées sur ce paradigme de l’annualité émettent des quantités significatives de gaz à effet de serre, qui contribuent au changement climatique. Elles nécessitent des rotations, des traitements du sol, des engrais et l’utilisation de biocides pour la lutte antiparasitaire et contre les agents pathogènes. Elles sont une source potentielle de dégradation des sols et, par conséquent, une menace sérieuse pour la durabilité agricole.

L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime qu’au moins un tiers des terres agricoles dans le monde a déjà subi une détérioration importante. Or, si un tel rythme se poursuit, la plupart des terres pourraient être perdues de façon irréversible au cours des soixante prochaines années. Il est urgent de changer radicalement les systèmes de culture pour assurer une production alimentaire durable sur des sols sains.

 

La recherche agricole s’est engagée à relever ce défi. Elle est d’ores et déjà en mesure de proposer un changement de paradigme : remplacer les cultures annuelles par des cultures pérennes, qui peuvent repousser après la récolte, sans réensemencer. Grâce aux techniques modernes d’hybridation, de croisement et de sélection, de nombreuses versions « pérennes » d’espèces et variétés sauvages habituellement cultivées de façon « annuelle » sont déjà disponibles. Les premières variétés pérennes d’oléagineux, de légumineuses, de blé, de sorgho, de riz et de tournesol existent. Le potentiel de recherche est important et la création de nouveaux grains se développe rapidement.

Miser sur les cultures pérennes

Le défi reste d’augmenter le rendement de ces cultures pérennes. Les techniques émergentes à l’échelle moléculaire ont tout le potentiel pour y parvenir rapidement.

Les espèces pérennes ont des racines plus profondes et plus persistantes que les espèces annuelles qui devraient modifier les propriétés physiques et chimiques du sol. Cela devrait permettre l’accès à l’eau et aux nutriments stockés dans les couches profondes du sol, prévenir la perte de percolation des éléments minéraux et augmenter la composante organique du sol.

Cela devrait également favoriser les interactions entre les plantes et les micro-organismes qui peuvent affecter la fertilité et la résistance aux parasites et aux maladies. La diminution drastique du travail du sol (charrue, herse, etc.) devrait protéger le sol en réduisant considérablement l’oxydation de la matière organique, tout en augmentant le stock de carbone du sol.

Le choix du « pérennialisme » pourrait de surcroît réduire la consommation d’énergie de l’agriculture et, par conséquent, les émissions de gaz à effet de serre. Le passage des cultures annuelles aux plantes pérennes se traduirait ainsi par une amélioration totale des terres agricoles, particulièrement des sols dégradés (ou qui se dégradent rapidement) dans de nombreuses parties du monde.

Plants de chicorée, espèce pérenne. Wikimedia

La recherche fait un grand effort pour réinterpréter le modèle de production agricole classique. Nous travaillons déjà avec de nouvelles espèces de blé obtenues par l’hybridation d’une espèce spontanée (Tynopyrum intermediateum, agropyre) et d’une espèce à culture annuelle (Triticum aestivum, blé tendre).

Les objectifs que nous nous sommes fixés dans l’immédiat concernent l’amélioration de la qualité et de la structure du sol, mais aussi la réduction des besoins d’irrigation et l’amélioration de la qualité de l’eau en réduisant la contamination chimique. Nous allons également essayer d’explorer la tolérance de ces nouvelles espèces aux parasites dangereux, qui nécessitent l’utilisation de pesticides dans les cultures annuelles.

Nous étudions comment l’introduction d’un nouveau « pérennialisme » peut conduire à une augmentation de la biodiversité microbienne (champignons et bactéries) qui peut se répercuter par une plus grande résistance aux parasites et maladies. Enfin, nous observons la façon dont la transition vers des formes de cultures pérennes peut contribuer à réduire l’érosion des sols en prolongeant la couverture végétale, et en augmentant la profondeur du système racinaire, et nous évaluons à différentes échelles son réel potentiel d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre.

Le succès du développement des cultures de céréales pérennes pourrait avoir des effets importants sur l’environnement, les consommateurs et les agriculteurs. Les consommateurs continueront à utiliser la même gamme de produits, avec une valeur nutritive inchangée, mais avec moins de contamination potentielle (moins de toxines, de produits chimiques et de pesticides). Les agriculteurs continueront à utiliser des pratiques de gestion standard, mais moins intensivement. L’ajout de céréales pérennes à notre arsenal productif leur donnera un plus grand choix de cultures : ils auront plus de flexibilité dans la rotation.

Une transition est toujours longue et laborieuse, mais les avantages de celle-ci promettent un avenir meilleur. Ce changement de paradigme est crucial pour une production alimentaire durable, dans le contexte d’une population humaine mondiale qui continue de croître.


 

Le réseau des quatre instituts d'études avancées a accueilli plus de 500 chercheurs du monde entier depuis 2007. Découvrez leurs productions sur le site Fellows.The Conversation

Franco Miglietta, Directeur de Recherche, Institut de Biométéorologie du Conseil National de la Recherche italien, Fellow 2017- IMéRA d'Aix-Marseille, Réseau français des instituts d’études avancées (RFIEA)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Agriculture biologique : les microfermes peuvent tirer leur épingle du jeu

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Ferme biologique de 1,5 hectares en Bretagne où une jeune maraîchère cultive 8000 m² de légumes vendus en circuits courts. Kevin Morel, Author provided

Kevin Morel, Université catholique de Louvain; François Léger, Agro ParisTech – Université Paris-Saclay et Magali San Cristobal, INRA

Cet article est republié dans le cadre du séminaire « Agro-écologie et systèmes alimentaires durables en Ile-de-France : Quels acquis et quels besoins pour la recherche ? », organisé par la Région IdF, l’INRA, l’Irstea et AgroParisTech et dont The Conversation France est partenaire. Cet événement aura lieu le mercredi 10 octobre 2018 à Paris.


 

Tout laisser, acheter un petit lopin de terre à la campagne et se lancer dans l’agriculture biologique, c’est le rêve que sont prêts à vivre de nombreux jeunes adultes aux parcours très divers.

Ce rêve est-il réalisable et peut-on en vivre ? C’est la question à laquelle ont voulu répondre une équipe de chercheurs dans un article publié en novembre 2017 dans la revue scientifique Agricultural Systems.

Principal enseignement de l’étude : les « microfermes » biologiques peu mécanisées peuvent avoir, sur une surface agricole inférieure, un meilleur taux de viabilité que des fermes maraîchères plus mécanisées.

Moins d’1,5 hectare

En Europe et en Amérique du Nord, l’industrialisation de l’agriculture s’est appuyée sur l’exploitation de surfaces de plus en plus importantes pour amortir l’augmentation du coût des nouvelles technologies et des intrants (fertilisants, pesticides, machinisme). Cette industrialisation s’accompagne d’une perte de diversité des cultures, d’une dépendance aux marchés globaux et d’une déconnexion de la production des besoins locaux.

C’est dans ce contexte que l’on observe une popularité croissance des microfermes maraîchères biologiques en France depuis 5 ans (bien que des fermes maraîchères sur de petits espaces aient toujours existé). Ces fermes présentent donc une faible surface (moins de 1,5 hectare, en dessous donc des recommandations officielles), sont très diversifiées (plus de 30 cultures différentes par ferme) et pratiquent une commercialisation en circuits courts (vente directe aux consommateurs avec un intermédiaire maximum).

Elles répondent à un souci de préservation de l’environnement, de stimulation des dynamiques locales via les circuits courts, et de création d’emploi au niveau local.

La microferme, une question de surface, mais pas seulement (AgroParisTech, novembre 2016).

 

Sortir des standards de l’agriculture

Les microfermes attirent une nouvelle génération, non issue du milieu agricole. Ces nouveaux arrivants ont ainsi été à l’initiative de 30 % des 5000 installations agricoles aidées en France pour 2014 (sur environ 13 000 nouvelles installations au total).

Cherchant à sortir des standards de l’agriculture classique, ils souhaitent avant tout agir pour un monde meilleur et se reconnecter à la nature. 63 % de ces néo-paysans sont attirés par l’agriculture biologique, 58 % par les circuits courts et 23 % par le maraîchage. Cette agriculture est d’autant plus attractive qu’elle requiert peu d’investissements matériels et fonciers.

Pour mieux comprendre le phénomène des microfermes, nous avons choisi de comparer 18 stratégies différentes à l’œuvre dans ces espaces avec pour variables les techniques de production, la commercialisation et l’investissement. Mille simulations ont été réalisées pour chaque scénario grâce au modèle Merlin (Microfarms : an Exploratory Research on Labour and Income), développé à partir des données collectées dans 20 microfermes du nord de la France.

Trois modèles sur le banc d’essai

D’un point de vue technique, trois grands modèles de microfermes ont été considérés, avec des préoccupations écologiques et une recherche d’optimisation de l’espace croissantes :

Le système classique qui consiste à reproduire en maraîchage biologique diversifié (de 30 à 50 espèces différentes dans une exploitation) les logiques des fermes industrielles pour la mécanisation (tracteur pour la plupart des tâches culturales) et l’utilisation d’intrants du commerce. Ce modèle technique permet de limiter le temps de travail par unité de surface, mais ses coûts de production élevés le rendent moins viable économiquement que les deux autres systèmes quand il est appliqué à une petite surface. En effet, la faible surface ne permet pas de produire suffisamment pour amortir ses charges (mais ce système peut être cohérent et pertinent sur des surfaces plus élevées). De plus, même si la mécanisation des exploitations signifie moins de travail pour les agriculteurs, l’espace laissé aux machines fait perdre de la densité aux cultures, favorise le développement des mauvaises herbes et requiert des interventions de désherbage plus fréquentes.

Le système bio-intensif qui, en plus de diversifier les cultures, limite sa dépendance aux intrants industriels par des pratiques écologiques (engrais verts, compostage, paillage, etc.) et limite l’emploi de la mécanisation uniquement au travail du sol. Dans les hypothèses de l’étude, il s’agit du système le plus productif et le plus viable de tous. Il donne en effet les meilleurs rendements par heure de travail avec de faibles coûts de production. Soit une plus grande marge pour le producteur.

Le système manuel s’inspire de la permaculture et limite au maximum l’utilisation des produits pétroliers (pas d’intrant du commerce ni de mécanisation) par des pratiques écologiques. Dans ce système, la contrepartie est l’augmentation du travail manuel et donc une plus faible productivité par heure de travail. Cependant, comme pour le système bio-intensif, l’économie des coûts technologiques permet une plus importante viabilité que dans le système classique.

 

Les bons résultats des systèmes manuel et bio-intensif pourraient même s’améliorer avec l’expérience de l’agriculteur et la mise en place de stratégies différenciées en fonction des cultures. Par exemple, il pourrait être judicieux d’utiliser une agriculture manuelle pour des cultures à haute valeur ajoutée (par exemple les jeunes pousses de salade) et une agriculture plus mécanisée pour les produits à faible valeur ajoutée sur de grands espaces (par exemple les pommes de terre).

Et en ville ?

Un investissement initial minimal est nécessaire pour augmenter les chances de viabilité d’une microferme. Ainsi, d’après l’étude, les jeunes fermiers qui choisissent de construire eux-mêmes leurs équipements à partir de matériaux recyclés diminuent la viabilité de leur exploitation les premières années : le temps consacré à l’autoconstruction pourrait plutôt être consacré à leur exploitation.

À chaque paysan de trouver un sage compromis entre l’autoconstruction (qui peut répondre à une volonté d’autonomie et de recyclage) et le recours à un minimum d’investissement (emprunts) pour s’équiper de manière satisfaisante.

Les microfermes sont un sujet d’intérêt grandissant pour les villes où les espaces disponibles sont limités. Quand le maraîchage classique nécessite au moins 15 000 m2 pour faire vivre un agriculteur, les microfermes n’ont besoin que de 2000 à 8000 m2. Une économie d’espace de 10 000 m2 en moyenne, qui peuvent être dédiés à d’autres productions complémentaires au maraîchage (fruitiers, miel, petit élevage), à des engrais verts ou à la biodiversité.

Les possibilités de réussite des microfermes en milieu urbain restent cependant à explorer, car la ville peut apporter un grand nombre de contraintes supplémentaires (pollution des sols, contrainte foncière, vols).

 

Soutenir ces nouveaux agriculteurs

Ce travail de recherche montre donc qu’il est possible d’atteindre un certain niveau de viabilité sur des surfaces inférieures à ce qui était recommandé en utilisant des pratiques alternatives.

Néanmoins, si les microfermes présentent de réels atouts, atteindre un revenu satisfaisant reste un vrai défi comme dans n’importe quelle ferme, et ce surtout pendant la phase d’installation ! Les difficultés sont réelles et la situation des microfermes maraîchères biologiques ne doit pas être idéalisée. D’ailleurs, elles font l’objet de vives controverses : si pour certains, elles incarnent l’émergence d’une nouvelle agriculture plus durable, pour d’autres, elles restent des initiatives anecdotiques et utopiques qui n’auront que peu d’impact sur le paysage agricole français. Des recherches sur le terrain sont actuellement en cours pour mieux documenter ce débat.

Dans tous les cas, les microfermes permettent à un nombre croissant de jeunes agriculteurs, non issus du milieu agricole, de se lancer en agriculture, ce qui recrée des dynamiques dans les territoires et peut participer à un changement des mentalités. Pour que ce changement puisse avoir un impact à plus grande échelle, il est nécessaire qu’un dialogue sans préjugés mutuels puisse s’établir entre ces néo-paysans et les agriculteurs en place.

Et il serait aussi nécessaire de s’interroger sur des changements politiques plus profonds qui permettraient à de jeunes agriculteurs de s’installer sur des surfaces plus importantes avec d’autres productions (céréales, élevage) en favorisant l’accès au foncier et à l’investissement (emprunts), pour que les nouveaux installés n’aient pas à se contenter des miettes de foncier comme c’est encore trop souvent le cas.The Conversation

Kevin Morel, Docteur en sciences agronomiques, chercheur en agroécologie, Université catholique de Louvain; François Léger, Enseignant-chercheur en agroécologie, Agro ParisTech – Université Paris-Saclay et Magali San Cristobal, Directrice de recherche en biostatistiques, INRA

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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